Partage IMT : Guide pratique entreprise 2026

Le partage IMT — Information sur le Marché du Travail — est l’une des problématiques centrales de mon travail de directeur de programmes de réinsertion à Neuchâtel. La qualité de l’orientation professionnelle que nous offrons à nos bénéficiaires dépend directement de la qualité et de la fraîcheur des informations sur le marché du travail que nous partageons avec eux. Et dans un marché suisse romand aussi fragmenté géographiquement, avec ses spécificités cantonales, les enjeux de partage IMT sont particulièrement complexes.

Qu’est-ce que l’IMT et pourquoi son partage est critique

L’Information sur le Marché du Travail (IMT) regroupe l’ensemble des données et analyses qui décrivent l’état et les tendances du marché de l’emploi : secteurs en croissance ou en contraction, métiers en tension, niveaux de salaire par qualification et région, délais d’embauche, compétences les plus recherchées par les employeurs, perspectives d’évolution sectorielles.

Pour un conseiller en emploi ou un responsable de programme de réinsertion, l’IMT est le substrat informationnel sur lequel repose toute orientation pertinente. Conseiller une personne en reconversion vers un secteur en déclin faute d’IMT actualisée, c’est un échec prévisible. À l’inverse, identifier avec précision les secteurs porteurs dans un bassin d’emploi régional permet d’orienter les formations et les candidatures vers des débouchés réels.

Les sources d’IMT en Suisse romande

L’écosystème d’information sur le marché du travail suisse est structuré autour de plusieurs acteurs institutionnels :

Le SECO (Secrétariat d’État à l’économie). Le SECO publie mensuellement les statistiques du chômage par canton et secteur, les données LACI sur les chômeurs indemnisés, et des analyses de la conjoncture de l’emploi. C’est la source macro la plus fiable pour les tendances nationales et cantonales.

Les ORP (Offices Régionaux de Placement). Les ORP cantonaux disposent d’une IMT opérationnelle de terrain : les métiers les plus demandés localement, les employeurs qui recrutent régulièrement, les durées moyennes de placement par profil. Cette IMT n’est pas toujours formalisée et publiée — elle vit dans l’expérience des conseillers.

L’OFS (Office Fédéral de la Statistique). L’OFS publie des données structurelles sur l’emploi par secteur, la mobilité professionnelle, les taux d’activité et les projections démographiques. Utile pour une IMT à horizon 3-5 ans.

Les chambres de commerce cantonales. CNCI (Neuchâtel), CVCI (Vaud), CCIG (Genève) — les chambres de commerce produisent des enquêtes régulières sur les intentions d’embauche et les besoins en compétences de leurs membres. Cette IMT patronale est complémentaire des données institutionnelles.

Les enjeux du partage IMT entre acteurs de l’emploi

Le partage IMT entre les différents acteurs de l’accompagnement à l’emploi (ORP, organismes de réinsertion, centres de formation, associations d’employeurs) se heurte à plusieurs obstacles structurels que j’observe dans ma pratique quotidienne :

La fragmentation des systèmes d’information. Chaque canton gère ses propres bases de données emploi, souvent non interopérables avec les autres cantons. Un demandeur d’emploi genevois qui cherche du travail dans le canton de Vaud ne bénéficie pas automatiquement de l’IMT vaudoise dans son dossier de suivi.

La périodicité des mises à jour. Les marchés de l’emploi évoluent vite — particulièrement dans les secteurs technologiques et les services. Une IMT actualisée trimestriellement peut déjà être partiellement obsolète dans des secteurs à forte dynamique.

La protection des données. Les informations individuelles sur les demandeurs d’emploi sont soumises à des exigences strictes de la nLPD suisse. Le partage d’IMT entre partenaires doit être cadré par des accords de traitement et des protocoles de sécurité adaptés.

Meilleures pratiques pour le partage IMT en entreprise

Pour les PME et organisations qui gèrent des processus d’emploi, voici les pratiques que je recommande pour un partage IMT efficace :

  • Centraliser l’IMT opérationnelle dans un outil partagé. Un wiki interne, une base Notion ou un tableau de bord partagé regroupant les informations-clés sur le marché local évite la perte de connaissance quand des conseillers expérimentés quittent l’organisation.
  • Institutionnaliser les échanges avec les ORP locaux. Une réunion trimestrielle formelle avec les conseillers ORP de votre territoire vous donne accès à une IMT terrain que les publications officielles ne reflètent pas toujours.
  • Abonner l’équipe aux newsletters sectorielles pertinentes. Les fédérations patronales publient régulièrement des baromètres emploi sectoriel — une source d’IMT structurée et gratuite pour les secteurs où vous recrutez.

Un partage IMT bien organisé transforme la qualité de l’orientation et du placement. C’est un investissement organisationnel modeste pour un impact significatif sur les résultats d’insertion professionnelle.

L’IMT est un outil d’aide à la décision, pas un outil de décision. Dans ma pratique à Neuchâtel, je l’utilise pour ouvrir la discussion avec les bénéficiaires sur les réalités du marché, pas pour fermer des portes. La connaissance directe du tissu économique local et des réseaux d’employeurs complète indispensablement les données statistiques de l’IMT.